
Savez-vous que Pont-Aven n’a pas pour seule ambassadrice la délicieuse petite Galette de Traou Mad ? Chaque printemps, la ville se choisit une reine, intronisée fin juillet lors de la magnifique fête des Fleurs d'Ajonc. Cette année, pour la cent cinquième fois, une foule conquise s’est pressée à la grand-messe puis dans les rues de la « Cité des Peintres» pour admirer le défilé des cercles et des bagadoù.

Selon la tradition, Magaly Le Franc, reine des Fleurs d'Ajonc 2010, a reçu ses apparats de reine, avant le traditionnel lâcher de pigeon qu'elle a dédié à la paix. Ce jour-là, trois autres reines de Bretagne étaient présentes : la reine des Filets bleus, la reine des Mouettes et la reine d’Arvor.

Car en Bretagne, il existe d’autres reines. La tradition trouve-t-elle ses racines chez Anne de Bretagne, la duchesse en sabots qui fût reine de France ? Choisies en fonction de leur terroir d’appartenance, de leur connaissance de la culture bretonne et de leur élégance, elles imposent malgré leur jeune âge, le respect indispensable à leurs missions d’ambassadrices.
Comment devenir reine ?
Tout d’abord il faut savoir bien porter le costume breton traditionnel, qui se décline en 66 modèles ! Chaque costume est signe d’appartenance à une communauté ou à une paroisse et chacun de ces terroirs met un point d'honneur à se distinguer par le jeu des broderies et des couleurs. La reine porte donc le costume comme l’emblème du terroir dont elle est originaire. Ainsi, Charlène Le Gac, toute nouvelle reine du Léon élue à Landerneau, porte le très beau costume de grande cérémonie d'Ouessant.

Mais le porter avec allure et prestance ne suffit pas. La reine doit connaître parfaitement les caractéristiques de son costume, coiffe comprise. L’origine de fabrication du costume peut également influencer le jury. Ainsi l’an dernier, en Pays Bigouden (à Pont-l'Abbé), Justine Carval a été sacrée reine des Brodeuses dans une superbe robe de mariage brodée de fil jaune datant des années 1950, héritage de famille.
Les reines doivent également être au fait des coutumes et traditions de leur terroir, à commencer par la langue et les danses traditionnelles que la plupart pratiquent au sein de cercles celtiques.
Bien que ce ne soit pas une règle absolue, la plupart des élections imposent que la candidate au sacre soit majeure. Peut-être à cause du tollé soulevé par le clergé en 1948 contre cette jeune fille de 16 ans élue reine de Cornouaille : il s’en fallut de peu que ce scandale provoque la disparition de cette tradition - pourtant bien innocente.
Une autre condition pour prétendre à la qualité de reine est d'être originaire de son territoire d'élection : Douarnenez et sa région pour la Reine des Mouettes, le Pays d’Arvor (de Vannes à Lorient) pour la Reine d’Arvor, Concarneau, Trégunc ou Melgven pour la reine des Filets Bleus, etc.
Ce critère est toujours d’une actualité brûlante. Ainsi, tout récemment, le titre de reine de Cornouaille 2010 décerné à Solène Nédelec, une Costarmoricaine de Mûr-de-Bretagne, a engendré la polémique, bien qu’elle ait monté un solide dossier (papiers historiques, inventaires, textes, actes, généalogies...) prouvant que Mûr était bien dans l'évêché de Quimper. Et prouvant par la même occasion qu’une Reine de Bretagne possède, en plus du charme, culture et caractère…
La tâche du jury, composé de spécialistes membres de cercles celtiques, est ardue. Après avoir questionné les candidates, les avoir vues danser et présenter leur costume, il délibère le plus souvent à huis clos. Traditionnellement, la cooptation pouvait être de mise, comme pour l’élection de la reine des Filets Bleus à Concarneau qui à l’origine, était choisie parmi les ouvrières des conserveries, par ses camarades de travail.

La reine est accompagnée de deux dauphines, chargées de l’assister dans sa mission mais aussi de représenter, notamment dans leur costume, d’autres aspects du terroir.
Ces jeunes femmes résolument modernes dans la préparation de leur avenir (étudiante en communication audiovisuelle, infirmière, future ostéopathe…) reçoivent pour mission de promouvoir leurs terroirs lors de manifestations culturelles en Bretagne et à l'étranger. Elles participent aux événements de jumelage, sont invitées d’honneur lors de manifestations dans le domaine des arts et traditions bretonnes, baptisent des bateaux… Elles sont les bastions vivants, et souriants, d’une tradition séculaire et ô combien rassurante.











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