
Brandie tel le poing du continent à l’assaut de l’Océan, la Bretagne vit avec la mer une relation intime, passionnée… mythique.
Sur les côtes, l’Ankou troque sa charrette grinçante pour le Bag varu (barque des morts). Toutes voiles dehors, les nuits de tempête, le bateau fantôme remonte le vent. Il convoie les âmes des marins noyés vers l’autre monde.
Cette Bag an noz (barque de la nuit) a une activité particulière dans le Raz de Sein. Une voix impérieuse appelle alors un pêcheur qui devra manœuvrer l’embarcation de la Baie des Trépassés à l’île de Sein. Invisibles, gémissantes, les âmes des noyés sont rassemblées dans la baie, le passeur voit la barque s’enfoncer sous le poids de leurs péchés puis remonter lors du débarquement sur l’île.
Sitôt qu’il aura ramené la Bag noz dans la Baie des Trépassés, elle s’estompera tel un souvenir ; il n’en soufflera jamais mot à quiconque.
Le Raz de Sein est réputé depuis l’Antiquité comme un haut-lieu de tout ce qui peut arriver de pire à un marin. Il ne s’agit pas seulement de navigation, même si le courant très violent (raz en breton) dans cet étroit passage entre l'île de Sein et la pointe du Raz lève en permanence une mer très forte. Le courage physique ne suffit pas. La violence des éléments en perpétuelle colère, les légendes imprégnées dans chaque repère renvoient l’homme à sa petitesse et effondrent tous les scepticismes.
source photo : http://blog.sylvainmary.net
Les altières falaises de la Pointe du Raz elles-mêmes se dressent sur l’Enfer (l’Enfer de Plogoff). Des entrailles de la terre montent des plaintes à vous glacer le sang. Qui oserait prétendre qu’il s’agit seulement du bruit de la mer s’engouffrant dans les galeries qu’elle creuse sous le cap au fil des siècles ? Ptolémée, déjà, plaçait là l’entrée des enfers. Entrée aussi nommée cheminée du diable car le Malin y fut précipité, grâce à Saint Guénolé, alors qu’il tentait d’aller pervertir les âmes sur l’île de Sein.
L’île de Sein, voilà bien une mine de légendes ! Hors du continent, hors de l’eau, hors du temps, Sein est un berceau d’histoire et de croyances.
Saviez-vous que les arbres de l’île avaient eu l’impudence de mettre Dieu en colère ? Ils furent condamnés à périr arrachés et sans descendance, toutes graines étant précipitées à la mer par les tempêtes.
Sous diverses formes nous parvient aussi la légende des Neuf vierges. Les Gallicènes étaient très belles, perpétuellement vierges, expertes dans l'art de guérir l'inguérissable, et commandaient aux vents, à la pluie, aux courants. C’est à l’une d’elle, Velleda, que Merlin confia Arthur mourant. Nul, même Merlin, ne sut comment le roi revint à la vie. Plus récemment, il est attesté que Vercingétorix vint prendre conseil auprès de ces druidesses avant de soulever la Gaule contre César.

Voilà un siècle et demi, la construction de trois phares : la Vieille, Ar Men et Tévennec devait permettre de rendre le passage maritime moins dangereux pour la navigation. Dans des conditions dantesques, au prix de longs efforts, on parvint à dresser un feu sur la Gorlebella (la roche la plus éloignée), agripper une tour sur le rocher d'Ar-Men, et même édifier un phare-maison sur l’îlot de Tévennec. L’homme moderne avait-t-il vaincu ?
Les gardiens de ces phares portent témoignage :
Ar-Men, où les assauts de la houle ébranlaient tout l’édifice, fut surnommé l'Enfer des Enfers.
On ne parle pas du phare mais de l'Enfer de la Vieille où les gardiens pouvaient être contraints à l’isolement des mois durant.
Quant à Tévennec, il est maudit. Constatés dès la construction, les phénomènes étranges ne cèderont ni à l’exorcisme, ni devant la croix en pierre toujours dressée sur l’îlot. Les trop nombreuses âmes des naufragés du Raz de Sein hantent les lieux pour toujours. Les fantômes de Tévennec auront même raison de l’administration qui automatisera le phare en 1910, leur laissant le champ libre.
Le Raz de Sein reste à tout jamais un de ces lieux mythiques où l’homme, même bardé de technologie, ne saurait s’imposer : il est que seulement toléré dans cet environnement (sur)naturel.

source photo : www.alahune.fr




















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