
Si l’hermine, petit rongeur d’origine arménienne, est devenue l’un des symboles bretons les plus ancrés, il faut savoir que tout a commencé par son massacre. Rusée jusque dans ses gènes, l’hermine devient l’hiver entièrement blanche, seul le bout de sa queue reste noir. Cette épaisse fourrure immaculée fut très tôt convoitée par l’homme, pour parer ses boucliers, ses écus, puis ses rois.
De fait, les chevaliers utilisaient des fourrures d’écureuil gris et d’hermine pour amortir les chocs. À l’assemblage des peaux, le petit bout noir de la queue était soigneusement brossé et fixé en trois points par des lacets de cuir, constituant les mouchetures si caractéristiques de l’hermine. Rapportant sur les blasons de la noblesse féodale les couleurs des victoires, l’hermine des boucliers fit naturellement son entrée en héraldique. Gros avantage pour l’animal, dans cette discipline, on se contente du dessin.
Représenter la fourrure d’hermine revient à dessiner les mouchetures. Les formes peuvent varier, une constante reste : les trois barrettes d’attache en haut. Ce dessin stylisé évoquant la morphologie de l’animal, on désigne souvent par « hermine » cette seule moucheture. Au Moyen âge, les mouchetures d'hermines sont le signe distinctif du clergé et l'hermine plain (le semé de mouchetures) est l’emblème des ducs.
L'entrée de l'hermine dans la symbolique bretonne a curieusement pour origine la maison de Dreux… L’affaire remonte à 1209. Seul l'aîné des fils d’un seigneur féodal héritait du blason. Les autres enfants ne pouvaient l’utiliser qu’en y ajoutant un signe distinctif (une brisure). C’est ainsi que Pierre Mauclerc, cadet de la maison de Dreux, « brisa » les armes de sa famille avec l'hermine qui rappelait sa première vocation cléricale lorsque, imposé comme époux à la duchesse Alix qui ne disposait pas d'armoiries, il usa des siennes. Plus d’un siècle durant, les écus et les bannières des princes bretons portèrent l'échiqueté de Dreux d'or et d'azur au franc-quartier d'hermine.

En 1316, Jean III abandonne l'échiqueté de Dreux, pour la « bannière d'hermine plain ». Il s’affranchit ainsi de la maison de Dreux et purge la connotation négative (cadet, dépendance) de la brisure. De plus l’hermine est plutôt à cette époque la marque des rois et des juges. La bannière du prince de Bretagne offre alors un écho savamment équilibré au semé de fleurs de lys du roi de France.
L'hermine (an erminig) donne à la Bretagne ses couleurs (blanc et noir) et sa devise : « Plutôt la mort que la souillure », en breton : « Kentoc'h mervel eget bezañ saotret ».
Institué en 1381 par Jean IV le conquérant, l’ordre de chevalerie de l’Hermine a pour collier une banderole tourbillonnant autour d'une file d'hermines passantes avec la devise "A Ma Vie". L’hermine passante, emblème personnel de Jean IV, représente l’animal lui-même. Dès lors, l’identification bretonne ne se cantonne plus à l’héraldique, l’hermine figurative est sculptée sur les gisants et les bandeaux des églises : le petit animal rusé et immaculé est devenu le symbole de la Bretagne.L’hermine devenue si chère au cœur des bretons ne pouvait qu’être associée à la duchesse Anne. La légende vint donc à la rescousse de la chronologie. Tout le monde sait désormais que c’est la duchesse Anne qui choisit l’hermine et sa devise comme emblème en voyant le petit animal affronter une mort certaine plutôt qu’accepter de ramper dans la boue...
L’hermine n’a jamais cessé de représenter le peuple breton. On la trouve dans une ancienne chanson (Barzaz Breiz), en mouchetures sur tous les drapeaux (de l’Ar Groaz – 1188 au Gwenn ha Du – 1925) et dans les armes de plusieurs villes bretonnes. La bannière d'Hermine plain est encore utilisée par plusieurs bagadoù et figure même sur l’écusson de la gendarmerie française en Bretagne !

Le peuple breton s’attache à conserver ce symbole fort et sentimental. Ainsi, l’ordre de l’Hermine, tombé en désuétude faute de roi revit : une décoration homonyme distingue depuis quarante ans les personnalités œuvrant au rayonnement de la culture bretonne. Sur Internet, le réseau Hermine est un service documentaire pour mieux connaître la Bretagne.
Et que dire de la création de Jean-Paul Gauthier lors du défilé de printemps : un vrai drapeau breton, queue d’hermine en tête !











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