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Le pardon, un patrimoine breton qui n’est pas près de filer aux oubliettes !

La Bretagne a l’âme pétrie de traditions immémoriales.

Ainsi, le pardon, reste de nos jours encore un exceptionnel vecteur de rassemblement et d’expression de la foi, décliné en quelque 1200 manifestations entre mai et septembre. Cette démarche pénitentielle chrétienne par excellence, aux origines très anciennes, consiste en une procession, avant (ou après) la grand messe solennelle, souvent célébrée en plein air et en breton.

Les bannières éclatantes de couleurs, les croix, les statues de saints et ex-voto sont portés par des membres de confréries en costume traditionnel. Suivent les prêtres et la foule des pèlerins égrenant chants bretons et litanies.

Lors de certains pardons (Locquirec, Groix, …), le prélat embarque pour une bénédiction des bateaux du port, pour d’autres le prêtre officiant - le « pardonneur » - bénit un bûcher avant d’y mettre le feu.

Ce cortège religieux est généralement très recueilli (anciennement les pèlerins allaient pieds nus, à jeun et en silence) et ponctué de haltes votives.

La procession s’effectue sur une troménie (tour du territoire du saint en breton). Bien souvent, il s’agit d’un simple aller-retour sur un site sacré. Mais dans certains cas, comme à Locronan, les fidèles parcourent six kilomètres et une fois tous les six ans, la « Grande Troménie » affiche 12 kilomètres.

Plus important encore, le Tro-Breiz, « le tour de Bretagne » est un pèlerinage de plus de 500 kilomètres qui perdure depuis le XIIe siècle. Les sept saints fondateurs des évêchés armoricains sont vénérés dans un parcours reliant leurs tombeaux.

L’origine, très ancienne, des pardons est probablement liée à l'évangélisation du pays par les moines celtes, dès le Ve siècle. Les habitants, regroupés en "frairies" (ou confréries), se devaient aide et assistance et se plaçaient sous la protection d'un saint. Une ou deux fois l’an, ils se réunissaient pour rétablir leur unité et se donner un pardon mutuel. C'était une fête religieuse  qui se terminait par une fête populaire. Réaménagé en cérémonie paroissiale au Moyen-âge, le pardon rassemble les fidèles à date fixe autour du saint patron local pour des œuvres de pénitence.

Le pardon a donc toujours été un temps de réjouissance et de piété (pénitence, vœux, grâces). Au fil de la journée, ces fêtes populaires deviennent plus profanes avec un bon repas campagnard suivi de danses, musiques et jeux traditionnels. Un temps, l'opposition du clergé à ces aspects profanes du pardon a marqué une période de reflux. Mais aujourd’hui les associations réaniment une vie de quartier autour des chapelles villageoises et font revivre les pardons.


Au fil de la Bretagne, vous trouverez toutes sortes de pardons. Il y a les incontournables, Ste Anne d’Auray (premier sanctuaire breton, honoré d’une visite papale en 1996), Locronan, Ste Anne la Palud, Josselin, Guingamp, St Jean du doigt, Guern … qui rassemblent des milliers de personnes et touristes, mais aussi une multitude de petits pardons pleins de ferveur religieuse, tels le pardon de Saint-Yves à Tréguier, Sainte Anne de Grapont à Surzur, Notre-Dame du Folgoët ou encore le pardon de Notre-Dame de la Clarté, entre Perros-Guirrec et Ploumanac'h, l'un des plus populaires du Trégor.

Mêlant folklore et sacralité, les pardons constituent une racine terriblement vivante de l'identité bretonne. Tellement vivante que régulièrement certains pardons disparaissent, comme le Grand Pardon des Fleurs d’Ajonc à Pont Aven (carte postale à droite) après plus d’un siècle de vitalité, et d’autres sont initiés, même inventés. Ainsi le pardon des sept saints de Vieux-Marché ose le rapprochement de l'Islam et de la Chrétienté, tandis qu’à Porcaro on célèbre le pardon de la Madone des Motards. Plus récent mais plus classique, quelques passionnés Montfortois mettent sur pied un pardon de sainte Anne allié à une évocation historique d’Anne de Bretagne.

Nos reines de Bretagne

Magaly Le Franc, reine des Fleurs d'Ajonc 2010


Savez-vous que Pont-Aven n’a pas pour seule ambassadrice la délicieuse petite Galette de Traou Mad ? Chaque printemps, la ville se choisit une reine, intronisée fin juillet lors de la magnifique fête des Fleurs d'Ajonc. Cette année, pour la cent cinquième fois, une foule conquise s’est pressée à la grand-messe puis dans les rues de la « Cité des Peintres» pour admirer le défilé des cercles et des bagadoù.

Fête des Ajoncs 2010 à Pont-Aven


Selon la tradition, Magaly Le Franc, reine des Fleurs d'Ajonc 2010, a reçu ses apparats de reine, avant le traditionnel lâcher de pigeon qu'elle a dédié à la paix. Ce jour-là, trois autres reines de Bretagne étaient présentes : la reine des Filets bleus, la reine des Mouettes et la reine d’Arvor.

Stéphanie Queinnec, reine des Mouettes 2010 (Douarnenez)


Car en Bretagne, il existe d’autres reines. La tradition trouve-t-elle ses racines chez Anne de Bretagne, la duchesse en sabots qui fût reine de France ? Choisies en fonction de leur terroir d’appartenance, de leur connaissance de la culture bretonne et de leur élégance, elles imposent malgré leur jeune âge, le respect indispensable à leurs missions d’ambassadrices.


Comment devenir reine ?

Tout d’abord il faut savoir bien porter le costume breton traditionnel, qui se décline en 66 modèles ! Chaque costume est signe d’appartenance à une communauté ou à une paroisse et chacun de ces terroirs met un point d'honneur à se distinguer par le jeu des broderies et des couleurs. La reine porte donc le costume comme l’emblème du terroir dont elle est originaire. Ainsi, Charlène Le Gac, toute nouvelle reine du Léon élue à Landerneau, porte le très beau costume de grande cérémonie d'Ouessant.

Charlène Le Gac, reine du Léon 2010 (Landerneau)

Mais le porter avec allure et prestance ne suffit pas. La reine doit connaître parfaitement les caractéristiques de son costume, coiffe comprise. L’origine de fabrication du costume peut également influencer le jury. Ainsi l’an dernier, en Pays Bigouden (à Pont-l'Abbé), Justine Carval a été sacrée reine des Brodeuses dans une superbe robe de mariage brodée de fil jaune datant des années 1950, héritage de famille.

Les reines doivent également être au fait des coutumes et traditions de leur terroir, à commencer par la langue et les danses traditionnelles que la plupart pratiquent au sein de cercles celtiques.

Bien que ce ne soit pas une règle absolue, la plupart des élections imposent que la candidate au sacre soit majeure. Peut-être à cause du tollé soulevé par le clergé en 1948 contre cette jeune fille de 16 ans élue reine de Cornouaille : il s’en fallut de peu que ce scandale provoque la disparition de cette tradition - pourtant bien innocente.

Une autre condition pour prétendre à la qualité de reine est d'être originaire de son territoire d'élection : Douarnenez et sa région pour la Reine des Mouettes, le Pays d’Arvor (de Vannes à Lorient) pour la Reine d’Arvor, Concarneau, Trégunc ou Melgven pour la reine des Filets Bleus, etc.

Ce critère est toujours d’une actualité brûlante. Ainsi, tout récemment, le titre de reine de Cornouaille 2010 décerné à Solène Nédelec, une Costarmoricaine de Mûr-de-Bretagne, a engendré la polémique, bien qu’elle ait monté un solide dossier (papiers historiques, inventaires, textes, actes, généalogies...) prouvant que Mûr était bien dans l'évêché de Quimper. Et prouvant par la même occasion qu’une Reine de Bretagne possède, en plus du charme, culture et caractère…

La tâche du jury, composé de spécialistes membres de cercles celtiques, est ardue. Après avoir questionné les candidates, les avoir vues danser et présenter leur costume, il délibère le plus souvent à huis clos. Traditionnellement, la cooptation pouvait être de mise, comme pour l’élection de la reine des Filets Bleus à Concarneau qui à l’origine, était choisie parmi les ouvrières des conserveries, par ses camarades de travail.

Noémie Le Borgne, reine des Filets Bleus 2010 (Concarneau)


La reine est accompagnée de deux dauphines, chargées de l’assister dans sa mission mais aussi de représenter, notamment dans leur costume, d’autres aspects du terroir.

Ces jeunes femmes résolument modernes dans la préparation de leur avenir (étudiante en communication audiovisuelle, infirmière, future ostéopathe…) reçoivent pour mission de promouvoir leurs terroirs lors de manifestations culturelles en Bretagne et à l'étranger. Elles participent aux événements de jumelage, sont invitées d’honneur lors de manifestations dans le domaine des arts et traditions bretonnes, baptisent des bateaux… Elles sont les bastions vivants, et souriants, d’une tradition séculaire et ô combien rassurante.

Justine Arze, reine d'Arvor 2010 (Vannes)