La musique traditionnelle est indissociable de l’histoire de la Bretagne et le biniou y tient une place particulière. Connu depuis la nuit des temps (Néron a, dit-on, joué du tibia utricularis), cet ingénieux instrument se compose d’une outre et de tuyaux.

Sur la poche en cuir, des souches permettent l’implant des différents tuyaux. L’un d’eux sert à gonfler l’outre, c’est le suttel, obturé par un clapet de cuir. Il est à noter qu’au 14ème siècle une autre technique de gonflement par soufflet sous l’aisselle du joueur vit le jour, mais le biniou breton (devenu biniou kohz) et son cousin le "Bag-pipe" des Highlands (devenu biniou braz) conservèrent le soufflement par la bouche du joueur.

L’air ainsi emmagasiné va être restitué par deux autres tuyaux :

  • Le levriad, petit hautbois au jeu très aigu et à forte puissance sonore.
  • Le bourdon, composé généralement de trois pièces emboitées permettant d’obtenir différents accords en faisant varier la longueur. Son extrémité supérieure est une cavité qui sert de caisse de résonance. Il rend un son grave continu et invariable.

En Bretagne, le biniou est indissociable de la bombarde, cette très sonore ancêtre du hautbois. Depuis toujours ces deux instruments jouent en couple dans les danses traditionnelles au point d’être considérés comme un instrument unique servi par deux instrumentistes. Il est même assez fréquent que le mot biniou désigne, non pas la petite cornemuse, mais le couple de sonneurs.

Le biniou kozh, qui est le plus ancien en Bretagne, s’apparente à l’archaïque veuze et ne comporte qu’un seul bourdon. On trouvera toutefois dans les bagadoù des cornemuses écossaises, alors nommées biniou braz et qui, elles, ont trois bourdons.

Lors du jeu, le bourdon joue la tonique, deux octaves en dessous du levriad, qui lui-même joue la mélodie une octave au-dessus de la bombarde. C’est la bombarde qui dirige le couple ; elle expose la mélodie sur les deux octaves, pendant que le biniou effectue un accompagnement, puis le biniou répète seul la mélodie à l'octave supérieure, en y introduisant ou non des variations. Le biniou joue donc sans arrêt.

Instrument dit "non tempéré", ou "juste", le biniou est limité dans sa gamme. Il ne peut émettre que des notes qui soient des fractions simples de la fréquence de son bourdon. Ainsi, à l'origine on trouvait des gammes et des tonalités différentes suivant les terroirs et les luthiers. Le biniou sonnant à l’octave de la bombarde, on perçoit la complexité d’accord harmonique entre les deux instruments du couple. Il paraitrait que le seul moyen d'accorder une bombarde et un biniou soit de les tailler dans le même arbre !




Comme le biniou braz, le biniou kozh est généralement accordé en si bémol. Le renouveau de la musique bretonne fait cependant apparaître des binious kozh accordés dans d'autres tonalités (les mêmes que la bombarde), notamment en sol.

Instrument très populaire et enraciné dans la tradition bretonne, le biniou ou plutôt le couple biniou kozh – bombarde, souvent accompagné d’un tambour, constituait le pilier musical de toutes les festivités religieuses (mariages, pardons …). Les enfants avaient même leurs binious en caoutchouc.

Pourtant dans les années 1950, cet exceptionnel type de jeu (le décalé d’une octave est très rare, voire unique) a bien failli disparaître. C’était compter sans la vague celtique et le climat autonomiste qui ont donné à  la musique traditionnelle bretonne son second souffle. La mise en place des bagadoù, l’organisation régulière de concours au sein des festivals, les travaux de collectes des airs écrits et de ceux qui ne sont plus que dans les mémoires, et plus encore des visionnaires comme Alan Stivell ont réveillé la tradition musicale bretonne et lui ont donné une large notoriété.

Plus que jamais le biniou est un symbole breton.