
Qui dit Bretagne entend musique bretonne, musique si caractéristique et universellement connue. Et pense au fameux ensemble d'instruments et de musiciens qu'est le bagad !
On pourrait penser que les bagadoù surgissent du fond des âges, comme les légendes celtiques qu’ils évoquent. Il n’en en rien.
C’est sur fond d’après guerre et de culture bretonne en perdition qu’une poignée de passionnés crée en 1943 la Bodadeg ar Sonerien (BAS pour les intimes), une Assemblée des Sonneurs. L’ambition est de redonner aux Bretons la fierté de leur identité en revalorisant la création musicale, prenant appui sur le sonneur traditionnel breton.
Une origine assez récente donc, mais empreinte de traditions. Dans toutes leurs fêtes plus ou moins solennelles (pardons, mariages, festoù noz …), nos aïeux bretons louaient un couple de sonneurs. : biniou kozh et bombarde jouaient un répertoire de musiques à danser et de marches.
Le bagad moderne, dirigé par le penn-soner (sonneur en chef), comprend trois pupitres :
- Les cornemuses, dirigées par un penn-biniaouer
Il peut s’agir de biniou bras, ou pib veur (la grande cornemuse commune aux Ecossais), de biniou kozh (la plus ancienne et la plus aiguë) ou encore de la veuze (instrument du marais breton/vendéen).
- Les bombardes sous la houlette d’un penn-talabarder
Instrument à vent de la famille des hautbois, la bombarde donne un son mordant, riche en harmoniques et cette note spécifiquement bretonne. La petite bombarde en ut est très répandue en Cornouaille où la vigueur des danses exige une grande virtuosité des sonneurs, alors que la bombarde en la est plus commune en pays Vannetais, où le rythme des danses est plus sage. La puissance des bombardes est remarquable. Elles donnent au bagdad la profondeur de son.
- Les percussions obéissant au penn-tabouliner
Incluant les caisses-claires (originaires des pipe-bands écossais), les ténors (tambours au son doux et moelleux), la basse (grosse caisse), complétées éventuellement d’autres toms, congas ou cymbales, les percussions sont la base du rythme pour tous les airs joués par le bagad.
Dès 1948, le premier bagad civil voit le jour : c’est la kevrenn Paotred an Hent Houarn, le bagad des cheminots de Carhaix.
La BAS continue à œuvrer : relance de la lutherie traditionnelle, formation des musiciens, organisation de concours … Et surtout, sauvegarde du patrimoine breton en allant collecter dans les campagnes les airs traditionnels prêts à disparaître des mémoires pour les redistribuer aux bagadoù. La transcription est souvent difficile car les anciens jouaient surtout "d'oreille" ; et les quarts de tons du solfège traditionnel sont aux abonnés absents !
Vecteurs de pérennité, les bagadoù jouissent d'un véritable engouement populaire. Non seulement ils redonnent vie aux airs traditionnels, mais ils en créent de nouveaux, enrichissant le patrimoine dans la tradition. Et ils éduquent ! Beaucoup de bagadoù créent leur bagadig ou petit bagad qui fait office d’école.
La compétition participe aussi à la vitalité du mouvement. Ainsi, chaque année, plusieurs milliers de musiciens amateurs issus des cinq terroirs bretons (plus les expatriés), présentent plus d’une centaine de formations (pour concourir, un bagad doit être composé d’au moins dix-sept exécutants) prétendant au titre de champion de Bretagne. La fédération BAS Bodadeg ar Sonerion les classe en cinq catégories et procède aux auditions, notamment dans le cadre des festivals d’été : "Bagadañs" à Carhaix, Fête des Brodeuses à Pont-l'Abbé, Festival de Cornouaille / Gouelioù Meur Kerne, et bien sûr l'incontournable Festival Interceltique de Lorient. C’est surtout lors de toutes ces manifestations (festivals, pardons, processions…) que le plus grand nombre peut savourer le talent des bagadoù.
Même si souvent les danses bretonnes sont accompagnées par le bagad, le registre de celui-ci est purement musical. Les quelques associations bagad - cercle celtique se trouvent plutôt hors de Bretagne.
Voir défiler un bagad, c’est ressentir en profondeur la force des traditions. Le rythme, la puissance du son, arrachent le spectateur à son inertie naturelle ; les costumes chatoyants, les étendards suscitent et accompagnent l'enthousiasme. Sons, vibrations, couleurs, une osmose se crée et on se sent breton depuis des générations !

Sources photos : www.bagad-kemper.org
http://bagad-de-lann-bihoue.asso-web.com/50+les-instruments-du-bagad.html
www.trovern.eu/Traditions_bretonnes2.php










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