Personnage hors du commun, hors du temps, Paul Gauguin est entré de son vivant dans l’histoire de l’Art et dans la légende bretonne. Et bien entendu indissociable de l'image de Traou Mad...

Un début de vie plus difficile émotionnellement que matériellement, un destin marqué dès sa plus tendre enfance par le voyage, rien d’étonnant à retrouver Paul Gauguin, dès ses 17 ans dans la marine marchande puis guerrière (1870).

Rendu à la vie civile, le jeune homme a pour tuteur l’excellent Gustave Arosa qui fait de lui un golden boy avant l’heure, forme son goût artistique et même l’initie à la peinture. Pendant une dizaine d’années Gauguin mène une existence normale, quasi ordinaire, gagnant bien sa vie, faisant cinq enfants à sa danoise de femme et décorant sa maison d’œuvres impressionnistes et même souvent "avant-gardistes" : Pissarro, Manet, Monet, Renoir, Sisley, Guillaumin, Cassatt, Degas et Cézanne.

En 1882 Gauguin, flairant un krach boursier, quitte son emploi d’agent de change et décide de se consacrer à sa nouvelle passion : la peinture. L’artiste sort de sa coquille, il s’abstrait des contraintes familiales, quitte son train de vie "petit bourgeois" et vit la fièvre de la création avec ses nouveaux amis, notamment Pissaro et Degas. Il exposera même avec les impressionnistes, mais sa quête commence seulement.

Quarry hole in the cliff, 1882

En cette fin de XIXe siècle les artistes français sont à la recherche d’un nouveau souffle. Emboitant le pas aux américains, ils jettent leur dévolu sur la Bretagne. Nouvellement accessible par le train, la région a encore sa pureté originelle, tant dans ses paysages que dans ses traditions, dévotions, langues et costumes. Et aussi … la vie n’y est pas chère. A Pont-Aven, la Pension Gloanec offre à Paul Gauguin un dépaysement à moindres frais et satisfait sa recherche naissante de primitivisme. Sa fuite devant la civilisation malsaine et corruptrice de la nature humaine ira grandissant.

En 1886, lors de son premier séjour à Pont-Aven, Gauguin découvre avec Émile Bernard le cloisonnisme. Cette même année marque la fin de l’impressionnisme, l’apparition du symbolisme (qui prône la peinture du caractère propre du sujet - ce qu'il symbolise - au moyen de traits essentiels) et, à titre plus personnel pour Gauguin, la rencontre avec Van Gogh.

La danse des quatre bretonnes, 1888

Après un séjour exotique assez éprouvant (au Panama puis en Martinique), Gauguin retrouve Pont Aven début 1888. Dans ce havre d’inspiration où, en plus, on lui fait crédit, il est le centre d'une communauté importante de peintres. L’émulation est permanente, les expériences variées, la créativité majeure : c’est la naissance de la fameuse école de Pont-Aven. Séduit tant par le cloisonnisme que le symbolisme, Gauguin élabore une nouvelle théorie picturale. Le Synthétisme abandonne totalement la copie "servile" de la réalité. La création transcrit le souvenir de l’artiste, l’émotion provoquée par le sujet et non le sujet lui-même. Il s’appuie sur une composition géométrique exempte de détail et de superflu, des aplats de couleurs pures et une absence de perspective, d’ombre et de modelé.

Pont Aven puis Le Pouldu, Gauguin retournera encore en Bretagne en 1889 et 1890. La colonie artistique compte certains étés plus de cent peintres en quête d'élaboration d’une peinture nouvelle. En 1891, ruiné, il "liquide" toutes ses œuvres et s'embarque pour la Polynésie.

Il ne reviendra qu’une fois en France et notamment une dernière fois à Pont Aven en 1894, mais c’est pour un adieu. L’artiste qui a révolutionné la peinture de cette fin de 19ème siècle en assemblant les techniques de peinture de l’émotion, en créant ce phénomène unique en Europe qu’est l’École de Pont Aven désormais indissociable de son nom, l’artiste Paul Gauguin succombe en 1895 à sa recherche de primitivisme et s’exile définitivement.


Arearea, Joyeusetes, 1892

L’œuvre de Gauguin est exceptionnelle. Elle emprunte à l'impressionnisme son sens de la lumière de plein air, la luminosité de ses couleurs et son indépendance à l'égard des conventions. L'influence de Van Gogh se ressent dans l'intensité psychique et spirituelle des toiles de 1889. À l'utilisation de grandes surfaces de couleurs vives, il ajoute l'expressivité des couleurs, la recherche de la perspective et l'utilisation de formes pleines et volumineuses.

L’influence de Gauguin sur les mouvements de peinture du XXe siècle est énorme, mais elle est sans doute autant due à sa plume qu’à ses pinceaux. En effet, Paul Gauguin ne s’est pas contenté de peindre, il a expliqué son art, il l’a enseigné. Quelques formules comme "La couleur est vibration, de même que la musique", "L'artiste ne doit pas copier la nature mais prendre les éléments de la nature et créer un nouvel élément "  ou encore "vous avez le droit de tout oser " ont beaucoup participé à la diffusion (et souvent à quelques récupérations douteuses) de ses idées.

Si l’image de Gauguin est si intimement liée à la Bretagne, où il ne vécut guère que trois ans, c’est qu’en cette terre, il s'est découvert et affirmé, vivant la mutation constitutive de son art. La preuve en est l’extraordinaire profusion des ses œuvres bretonnes (plus de 130 toiles, une trentaine de grès et quelques sculptures majeures). Et la plus belle reconnaissance de cet  enracinement a été donnée par Traou Mad. La biscuiterie fondée à Pont Aven en 1920 par Alexis Le Villain et dirigée par sa fille Marguerite qui inventa la célèbre Galette de Pont-Aven véhicule une image de Bretagne pétrie de traditions en décorant ses célèbres boîtes des biscuits d’œuvres de… Paul Gauguin.