© Photo Armor-Lux

Avec un tiers des côtes françaises et une histoire pétrie à l’eau de mer, la Bretagne est indissociable des marins. Aussi, la marinière est-elle tout naturellement devenue un symbole breton.

Vêtement intemporel, la marinière l’est à plusieurs titres. Déjà au 17ème siècle, on voit sur des toiles de batailles navales, des matelots vêtus de ce tricot blanc rayé de bleu ou parfois de rouge. À l’époque, pourtant, le port des rayures était le lot des marginaux et des bannis, connotation qui perdurera longtemps (prisonniers, bagnards…). Contrairement aux officiers dont la tenue était règlementée et fournie, les hommes d'équipage embarquaient avec leurs propres vêtements. Ils ont donc peaufiné par l’expérience ce tricot qui devait être chaud, souple et pratique pour la vie et le travail à bord.

Ainsi, la marinière descend bien sur les reins, a des manches trois-quarts pour ne pas gêner les manœuvres et ne s’encombre pas d’un col inutile. Comme un sous-vêtement. C’est probablement cet aspect qui explique initialement les rayures : les pièces de bonneterie produites sur des métiers mécaniques circulaires étaient traditionnellement rayées pour rendre le blanc (seule couleur acceptable au contact de la peau) moins salissant. Pour les marins, les rayures présentent un avantage signalétique majeur : à bord - ou tombé à la mer - un marin portant un maillot rayé était plus visible et repérable.

Lorsqu’en 1858, la Marine nationale s’avise de définir enfin l'uniforme des hommes d'équipage, elle est bien obligée d’y intégrer ce tricot de corps déjà adopté par tous les matelots. Probablement vexée, l’administration se vengera en imposant une règlementation drastique qui fixe le nombre et la largeur des raies blanches et bleues, sur le tricot lui-même et sur les manches ! De plus, la marinière restera le vêtement des sans-grade. Aucun officier ne saurait porter des rayures !

Qu’importe, la marinière est (officiellement) née ! Désormais, sa vue évoque le marin, celui qui est costaud, aventurier, bagarreur… et nourrit abondamment l’imaginaire populaire. Loin de se laisser enfermer et oublier dans le paquetage conventionnel, la marinière va alors conquérir les civils.

Au début du 20ème siècle, les européens découvrent le plaisir des bains de mer et de la plage. Parmi eux, mademoiselle Chanel va détourner ce vêtement masculin en « must » du chic féminin. La marinière naît une seconde fois. De nombreux couturiers la déclineront à leur tour jusqu’à Jean-Paul Gaultier qui en a fait son emblème. Mais la version populaire n’est jamais abandonnée.

Ainsi, ce tricot rayé d’homme de corvée est devenu LE vêtement unisexe chic et décalé. Tout-un-chacun a dans son armoire au moins une marinière au doux parfum marin d’évasion et de confort.

La marinière a encore de beaux jours devant elle. Les entreprises bretonnes comme Saint-James ou Armor-Lux perpétuent la tradition de la marinière en mettant le savoir-faire breton au service d’une production de qualité dans un contexte d’environnement durable et de commerce équitable.

A-t-on jamais vu pièce d’uniforme ainsi associée à un sentiment de détente et de liberté ? A-t-on jamais vu un vêtement universel ainsi estampillé par sa région d’origine ? La marinière est incontestablement un symbole breton !