L’identité de nos terroirs français se signe de bien des manières : le paysage, les costumes, la musique, la danse … parfois les métiers et même la météo, mais surtout (et partout) la table. Terre avant tout paysanne, la Bretagne ne se targue pas d’une cuisine très sophistiquée, mais qui peut ignorer l’origine des crêpes ou du far ? Pour tous, le far breton évoque un succulent dessert qui ravit les papilles de tous les Français depuis plus de cent cinquante ans.

Pourtant, comme la plupart des mets traditionnels, le far breton est à l’origine un plat de pauvres : les fars qui trônaient sur les tables de nos aïeux étaient un brin différents de ceux qui nous régalent aujourd’hui, notamment parce qu’ils étaient salés !

L’appellation « far » est un diminutif de « farz fourn » ou « farz sac'h »farz désigne l’ingrédient de base (la farine) et fourn ou sac’h le mode de cuisson (au four ou en sac). À noter que pour une fois, l’origine du mot n’est pas celte, c’est le mot latin far (froment, blé, gruau, épeautre…) qui a été retenu. Mais le far est bel et bien breton, il est mentionné dans des écrits dès le XVIIIème siècle.

En fait, l’alimentation de base de la plupart de nos ancêtres bretons se composait de gruaux salés. Le far est initialement un aliment complet, salé, à base de farine de froment ou de blé noir et cuit en sac. Il est servi en tranches ou émietté ("bruzunog"), et consommé tel quel ou en accompagnement des viandes.

Pour les desserts de fête ou de cérémonie, le far s’endimanche : il est sucré et chaque coin de Bretagne amène sa petite variante, l’enrichissant en beurre, œufs, fruits ou parfums. Il semble que la tradition des pruneaux ne soit pas si ancienne ; elle ne tiendrait pas à la proximité des pruniers (qui ne se plaisent pas en Bretagne), mais au souci de protéger les marins du scorbut en introduisant des vitamines dans leur alimentation. La santé publique au service de la gourmandise !

C’est ce far sucré qui conquerra la France entière, tandis que son homologue salé restera confiné au terroir breton. En voici une recette.

1.    Beurrez et farinez votre moule. Étalez-y les pruneaux dénoyautés ou les morceaux de pomme qui peuvent avoir préalablement macéré dans de l’alcool.
2.    Dans une jatte, faites une fontaine avec deux tasses et demi de farine et une petite pincée de sel puis cassez-y quatre œufs. Travaillez à la cuillère de bois en incorporant une tasse de sucre et éventuellement un peu de beurre fondu, puis peu à peu un litre de lait. Vous devez obtenir une pâte lisse et liquide à verser doucement dans le plat.
3.    Mettez à four déjà chaud mais pas trop (180°) pour une petite demi-heure. Surveillez la fin de cuisson. Le far est cuit lorsque l’aiguille à tricoter que vous plantez dedans ressort sèche.
4.    Régalez-vous. Le far breton se consomme chaud, tiède, froid, le jour même, le lendemain … et sans aucune modération !