La Bretagne est, on le sait, terre de traditions. De cette terre on extrait l’argile qui sera travaillée dans les faïenceries.

La plus ancienne, fondée en 1690 - une époque où la vaisselle est loin de trôner sur toutes les tables - est encore en activité et mérite sans conteste le label "Entreprise du patrimoine Vivant" qui lui a été décerné. La faïencerie HB-Henriot, car c’est elle, a certainement inventé, bien qu’on ait du mal à déterminer exactement quand, ce fameux bol si caractéristique.

D’une contenance assez faible, il est doté de deux oreilles qui permettent de ne pas se brûler même s’il est rempli à ras bord. Le liseré bleu est également un signe distinctif du véritable bol breton. Quant au décor, le sujet peint au fond du bol, il représente le plus souvent un homme ou une femme, voire un garçonnet ou une fillette en costume traditionnel breton.

Le bol est personnalisé par le prénom, calligraphié sur le devant et éventuellement la date de naissance, tous deux peints à la main en jolis caractères noirs. Inutile de dire qu’on est loin de l’objet industriel standard. Chaque véritable bol breton est une pièce unique. Les bols comportant une date sont souvent des cadeaux de naissance.

Jusqu’en 1936, le quotidien des bretons ne connaît que ce bol, joliment décoré et bien pratique. La faïencerie bretonne connaît alors un essor dû à l’avènement des congés payés et du tourisme. Tous ceux qui découvrent la Bretagne, tous ceux qui y sont nés mais vivent ailleurs, veulent ramener chez eux, ou offrir, cet objet si personnel et indispensable.

Au fil des années, les sujets de décoration sont un peu plus variés, les dessins se modernisent, et d’autres faïenceries entrent dans le jeu, comme les faïenceries de Cornouaille ou celle de Pornic. La quimpéroise HB-Henriot reste rivée à l’appellation de manufacture. Alors que les autres faïenceries soulagent un peu leurs coûts de production en utilisant des pochoirs pour le décor du bol, l'entreprise finistérienne perpétue le décor peint à la main.

Ainsi, en un demi-siècle le bol breton va connaître la gloire et symboliser sa région d’origine partout en France et même à l’étranger. Un succès qui fera son malheur car il sera copié, plagié, dénaturé ; le marché est aujourd’hui inondé de produits chinois à bas prix qui risquent bien de causer la perte des faïenceries bretonnes traditionnelles.

Pourtant, le bol breton, le vrai, affiche son identité et sa valeur d’objet traditionnel : comme tout produit manufacturé, il est signé. Son authenticité se ressent : lorsqu’on le sort avec précaution du bahut sombre et massif, sa simple vue est une rémanence de l’enfance et des merveilleux paysages bretons.

Il a encore une petite chance de rester ce précieux symbole… si nous avons le courage de bouder les imitations made in China ou l'envie de gâter tous nos proches de cet objet d'art !