Auteur : Moreau Henri


Huelgoat. Pour qui connaît un peu le breton, c’est littéralement « le bois d’en haut », la forêt qui domine. Et elle domine vraiment cette forêt de Huelgoat, omniprésente, vivante, si pleine d’histoire, de légendes, d’exemples, de peurs... Elle règne même sur le minéral, ce chaos rocheux mémoire d’une colère gargantuesque. Quant aux humains qui occupent et modèlent ce reste de l’antique Brocéliande, ils sont naturellement exceptionnels.

Occupée dès l'Antiquité pour son attrait stratégique, Huelgoat voit les celtes construire sur sa terre un vaste oppidum de 30 hectares. D’abord fief des Osismes (Gaulois qui résistaient encore et toujours à l’envahisseur romain), le « camp d’Artus » doit à coup sûr son nom au roi Arthur. En effet, les chevaliers de la Table Ronde ont probablement entamé leur quête dans la forêt de Huelgoat, mais cette dernière a enfoui sous ses frondaisons l’infime limite qui sépare l’Histoire du Merveilleux.



Porte naturelle du camp d'Artus
Auteur : Moreau Henri


Pays de têtes dures et promptes à s’enflammer, Huelgoat acquit en 1675 le surnom de « citadelle d'enfer ». A cette époque, ce lieu réputé pour ses foires et marchés est un bastion des Bonnets Rouges qui s’insurgent contre l’impôt édicté par Louis XIV.

Les huelgoatains sont aussi de fameux travailleurs. Exploitant (probablement dès l'âge du bronze) les mines de plomb argentifère, ils n’hésitent pas à créer pour les besoins de cette exploitation l'étang (ou lac) du Huelgoat, vaste de 15 hectares. Puis ils se tournent à la fin du XIXe siècle vers une autre ressource à portée de main : le granite. Les vaillants carriers ont même un peu entamé le patrimoine légendaire en débitant sans état d’âme aucun le rocher de Saint-Guinec (dans lequel, dit-on, un bassin naturel offrait au passant une eau capable de guérir toutes sortes de maux). La nature elle-même se charge parfois d’agresser la forêt de Huelgoat, comme qui a renversé ou cassé.



Rocher Le Champignon (tor granitique)


Travaillée par les hommes, agressée par la nature (900 000 m3 de bois cassé lors de l’ouragan de 1987), la forêt d’Huelgoat n’est pas un modèle de tranquillité. Le tourisme est pourtant fascinant dans ce paysage exceptionnel. Les arbres s’élèvent au milieu d’un chaos rocheux qui déborde dans les prés et les rivières. Le promeneur met ses pas dans ceux des chevaliers de la Table Ronde en  quête du Saint-Graal.

Loin d’être anonymes, ces pierres ont toute une histoire, une présence, une résonance qui leur est propre. Ici, c’est la roche tremblante : une masse de 137 tonnes capable de vaciller si on la pousse du doigt … au bon endroit ! Là, c’est le Ménage de la Vierge, où l’on distingue (avec un peu d’imagination), un chaudron, une louche, une fourchette, un lit ou un parapluie… Tout près, c’est la grotte du diable.


Source Wikipedia


La rivière d’argent est le domaine des fées, qui la nuit coiffent inlassablement leurs longs cheveux d’or, mais se transforment le jour en horribles sorcières promptes à vous changer en arbre ou en pierre. Au bout de la rivière d’argent, le gouffre dont l’eau se teinte parfois de rouge ; c’est là que fut bannie Dahut, transformée en sirène après avoir causé la perte d’Ys. L’eau rougit du sang des amants que la belle sacrifiait au matin suivant leur nuit d’amour et par grand vent, on peut encore entendre leurs cris et leurs plaintes monter des profondeurs du gouffre.

Enfin, dans le camp d’Artus, ne dit-on pas que l’enchanteur Merlin a caché un fabuleux trésor sur lesquels veillent toujours elfes et korrigans ?


Auteur : Moreau Henri