© Léonnard Leroux / Editions


Du celte Arhès, les monts d’Arrée ont gardé le nom signifiant très justement la séparation. La barrière rocheuse, telle un abouchement entre le ciel et la terre isole une région très particulière, un ailleurs oscillant entre la pure beauté des premiers jours sur Terre et un gigantesque brouet de sorcière. Brocéliande en ce lieu a fait place à la lande, un paysage qui se prête à toutes les légendes.

Voyage au cœur des mystères de la Bretagne, qui façonnent tout autant nos biscuits bretons...

Dangereux à franchir et difficiles à contourner, les monts d’Arrée ont longtemps confiné leur population dans un quotidien alliant misère et surnaturel. Sur ces sols acides battus par le vent où la mécanisation elle-même a buté, la beauté sauvage des bruyères et ajoncs ne suffit pas à conjurer les terreurs nocturnes, lorsque les Korrigans dansent sur la lande ou que lavandières de la nuit lessivent des suaires qui ne blanchiront jamais.

Les monts d’Arrée servaient de frontière entre les évêchés de Cornouaille, de Trégor et de Léon, les trois évêques pouvant se désaltérer dans la fontaine commune sans quitter leur territoire respectif … avant que le diable ne sème entre eux la zizanie. Le diable qui a élu résidence dans une grotte de l’Huelgoat près de la pierre tremblante et d’un immense chaos rocheux imputé à Gargantua (entre autres).

Dieu aussi choisit ses résidences dans ces monts : lors de la construction de l’église de Quillidiec, les blocs de granite posés le jour disparaissaient mystérieusement la nuit. Les bâtisseurs chargèrent alors les pierres et une statue de Saint Yves sur une charrette et laissèrent les bœufs aller à leur guise. Ils s’arrêtèrent à Commana et là fut construite la chapelle.

Quant à la rivière d’Argent, parfois rougie du sang des amants de Dahut, fille de Gradlon, ses rives sont peuplées de fées. Près des étangs du Relec, un cavalier est toujours prêt à se précipiter vers Morlaix pour sauver ce qui pourra l’être au jour où les eaux de ces étangs déferleront par la vallée du Queffleuth engloutissant tout sur leur passage.

La noce de pierre rappelle la limite ténue qui existe ici entre le vivant et l’inanimé. Si ténue qu’elle s’efface parfois. Ne dit-on pas que le Roc’h Trévézel s’ouvre tous les 1 100 ans aux 11 coups de l’horloge pour un garçon de 11 ans ? Il suffit alors au mortel de frotter le sommet de la tête en bois du vieux saint « Ar Santig Kozh » pour obtenir tout ce qu’il désire. Mais passé midi, la montagne se referme et l’imprudent reste prisonnier pour les 1 100 prochaines années !



Auteur Kamel15

Le summum du mystère revient indéniablement au Yeun Elez. Ce gigantesque œuf de granit s’ouvre seulement un peu vers l’est, tandis que les Roc'hs Mont Saint-Michel de Brasparts, Ménez Kador (ou Tuchenn Gador), Roc'h Trevezel, Roc'h Trédudon enserrent la tourbière centrale. Difficile d’être plus loin de l’humain qu’en ce lieu marécageux. Les feux follets sont si nombreux qu’ils embrasent parfois la tourbe pendant des jours, le brouillard égare le voyageur, les hurlements des démons lui glacent le sang… Au cœur du Yeun Elez se trouve le Youdig, une flaque verdâtre dont l’eau se met parfois à bouillir et dont nul n’a jamais pu sonder la profondeur. Et pour cause ! Il s’agit bel et bien de la Porte de l’enfer, d’où on entend parfois monter les abois furieux de la meute des conjurés, ces chiens noirs que les exorcistes précipitaient dans le Youdig après y avoir emprisonné les démons. Quand trop d’agitation émane du Youdig, Saint Michel intervient. Depuis sa chapelle qui couronne le mont, l’archange abaisse son glaive vers le Yeun, et tout rentre dans l’ordre.

Dans la brume des monts d’Arrée, l’humain est une minorité humble qui se garde de ses voisins. Les Korrigans sont les gardiens des trésors des collines. Affreusement laids et dotés d’une force extraordinaire, les Korrigans passent sans débotter, de l’espièglerie à la cruauté envers les humains qui cherchent à les fréquenter. Les fées, elles, prennent le jour l’apparence d’horribles vieilles femmes et transforment les hommes en pierres ou en arbres.


Quant à l’Ankou, tous redoutent le sinistre augure du grincement de sa charrette. Consciencieux valet de la mort, l’Ankou, squelettique, coiffé d’un grand chapeau noir et enveloppé d’une cape noire parcourt la lande pour récolter les âmes des défunts. Sa faux, au tranchant vers l’extérieur, lui permet de couper le dernier fil de vie. La discrétion n’est pas la spécialité de l’Ankou. Il s’applique à charger de pierres sa charrette dont les roues grincent abominablement. Ainsi les hommes dont l’heure est venue se hâtent de toiletter leur âme en entendant approcher l’Ankou  avant que ce dernier ne la fauche et la charge sur sa charrette.

Les monts d’Arrée constituent bel et bien une frontière. Pas entre deux pays, mais entre plusieurs mondes : le réel et la légende, le naturel et le surnaturel, les morts et les vivants.

Situer les Monts d'Arrée (topoguide IGN Le tour des Monts d'Arrée et la presqu'île de Crozon) :