Symbole de Bretagne : la coiffe bigoudène

Comment la coiffe bigoudène s’est-elle distinguée des innombrables coiffes régionales et même bretonnes, jusqu’à devenir symbolique ? Sa forme particulière et la légende associée y sont certainement pour beaucoup. Mais aussi les bigoudènes elles-mêmes, qui ont porté cette coiffe comme un drapeau dressé contre l’invasion des modes de toutes sortes. En ce début de 21ème siècle, elles sont encore une poignée, nonagénaires, passant chaque jour une demi-heure à disposer sur leur tête cette coiffe sans laquelle elles n’oseraient se montrer.

Née vers le Xème siècle grâce à l’affranchissement des serfs et leur toute nouvelle liberté de se vêtir, la coiffe bretonne réunit, en un seul vêtement de tête, le voile et le pallium (capuchon pour l'extérieur). Alors que le capuchon protège les épaules, la tête et la poitrine, le voile encadre et ombrage le visage.

D’abord faite de lin puis de chanvre, brodée au fil des veillées, cette coiffure portée au quotidien s’adapta constamment aux nécessités comme à la coquetterie des paysannes. Ainsi, chaque doyenné admirait sur la tête de ses paroissiennes un petit bijou artistique différent du voisin. Car c’est à l’église que les nouveautés paraissaient d’abord, le jour de Pâques étant celui où l’on portait pour la première fois les vêtements neufs.

Ce bigou devint vite le symbole du caractère bien trempé des bretons. Ainsi en 1675, lorsque le gouverneur de Bretagne de Louis XIV fit décapiter six clochers pour punir les bretons qui refusaient l’impôt décidé par Colbert, les bigoudènes, arborant sur leur coiffe les clochers toujours dressés, brûlèrent les titres de propriété de Pont l'Abbé.

Mais c’est seulement à Pâques 1858 que la coiffe bigoudène tout entière s’est redressée sur une tête de femme, prenant la forme d’un petit pain de sucre, puis a commencé à grandir pour atteindre les quelque 36 cm qu’on lui comptait en 1940. Le bonnet de cheveux (koef-bleo) devient un chignon où se fixe la base de la coiffe (taledenn') alors que la partie frontale (bigouden) est empesée pour tenir à la verticale. Les rubans (lasenou) fixés le long de la coiffe se nouent sous l'oreille gauche.

En dix siècles d’évolution, la coiffe bretonne a connu toutes les modes. Les bretonnes ont tissé des fils de plus en plus ténus pour obtenir la belle toile de ménage. Elles ont aménagé des plis, des froncis, des broderies, puis accédant aux produits de l’industrie ont ajouté à leurs coiffes des ornements étrangers.

Il fallut toutefois une ordonnance du parlement de Rennes (interdisant aux merciers de tenir commerce le dimanche) et le bon esprit des bretonnes pour sauver la tradition et conserver blanche la coiffe désormais faite de toile, tulle, basin, linon ou mousseline et toujours finement brodée.

La corporation des brodeurs étant très importante et respectée, les  bretonnes se firent dentelières et l’organdi s’imposa sur les coiffes. Ces corporations retrouvent vie chaque début juillet lorsque Pont l’Abbé organise la fête des Brodeuses, dont la reine arbore le superbe costume et la fameuse coiffe bigoudène. 

Au fil des siècles, la coiffe bretonne a connu bien des évolutions. Unifiée en coiffe bigoudène pour l’imagerie populaire, elle a peu à peu perdu son aspect fonctionnel de protection pour devenir une admirable parure et surtout un symbole breton par excellence.

Mais il paraîtrait que l’aspect fonctionnel soit toujours là, les bigoudènes cachant dans le cornet généreusement amidonné de leur coiffe un autre symbole breton : le paquet de biscuits Traou Mad … Mais chut, c'est un secret !

Symbole de Bretagne : le far breton

L’identité de nos terroirs français se signe de bien des manières : le paysage, les costumes, la musique, la danse … parfois les métiers et même la météo, mais surtout (et partout) la table. Terre avant tout paysanne, la Bretagne ne se targue pas d’une cuisine très sophistiquée, mais qui peut ignorer l’origine des crêpes ou du far ? Pour tous, le far breton évoque un succulent dessert qui ravit les papilles de tous les Français depuis plus de cent cinquante ans.

Pourtant, comme la plupart des mets traditionnels, le far breton est à l’origine un plat de pauvres : les fars qui trônaient sur les tables de nos aïeux étaient un brin différents de ceux qui nous régalent aujourd’hui, notamment parce qu’ils étaient salés !

L’appellation « far » est un diminutif de « farz fourn » ou « farz sac'h »farz désigne l’ingrédient de base (la farine) et fourn ou sac’h le mode de cuisson (au four ou en sac). À noter que pour une fois, l’origine du mot n’est pas celte, c’est le mot latin far (froment, blé, gruau, épeautre…) qui a été retenu. Mais le far est bel et bien breton, il est mentionné dans des écrits dès le XVIIIème siècle.

En fait, l’alimentation de base de la plupart de nos ancêtres bretons se composait de gruaux salés. Le far est initialement un aliment complet, salé, à base de farine de froment ou de blé noir et cuit en sac. Il est servi en tranches ou émietté ("bruzunog"), et consommé tel quel ou en accompagnement des viandes.

Pour les desserts de fête ou de cérémonie, le far s’endimanche : il est sucré et chaque coin de Bretagne amène sa petite variante, l’enrichissant en beurre, œufs, fruits ou parfums. Il semble que la tradition des pruneaux ne soit pas si ancienne ; elle ne tiendrait pas à la proximité des pruniers (qui ne se plaisent pas en Bretagne), mais au souci de protéger les marins du scorbut en introduisant des vitamines dans leur alimentation. La santé publique au service de la gourmandise !

C’est ce far sucré qui conquerra la France entière, tandis que son homologue salé restera confiné au terroir breton. En voici une recette.

1.    Beurrez et farinez votre moule. Étalez-y les pruneaux dénoyautés ou les morceaux de pomme qui peuvent avoir préalablement macéré dans de l’alcool.
2.    Dans une jatte, faites une fontaine avec deux tasses et demi de farine et une petite pincée de sel puis cassez-y quatre œufs. Travaillez à la cuillère de bois en incorporant une tasse de sucre et éventuellement un peu de beurre fondu, puis peu à peu un litre de lait. Vous devez obtenir une pâte lisse et liquide à verser doucement dans le plat.
3.    Mettez à four déjà chaud mais pas trop (180°) pour une petite demi-heure. Surveillez la fin de cuisson. Le far est cuit lorsque l’aiguille à tricoter que vous plantez dedans ressort sèche.
4.    Régalez-vous. Le far breton se consomme chaud, tiède, froid, le jour même, le lendemain … et sans aucune modération !

Symbole de Bretagne : le bagad

Qui dit Bretagne entend musique bretonne, musique si caractéristique et universellement connue. Et pense au fameux ensemble d'instruments et de musiciens qu'est le bagad !

On pourrait penser que les bagadoù surgissent du fond des âges, comme les légendes celtiques qu’ils évoquent. Il n’en en rien.

C’est sur fond d’après guerre et de culture bretonne en perdition qu’une poignée de passionnés crée en 1943 la Bodadeg ar Sonerien (BAS pour les intimes), une Assemblée des Sonneurs. L’ambition est de redonner aux Bretons la fierté de leur identité en revalorisant la création musicale, prenant appui sur le sonneur traditionnel breton.

Une origine assez récente donc, mais empreinte de traditions. Dans toutes leurs fêtes plus ou moins solennelles (pardons, mariages, festoù noz …), nos aïeux bretons louaient un  couple de sonneurs. : biniou kozh et bombarde jouaient un répertoire de musiques à danser et de marches.

Le bagad moderne, dirigé par le penn-soner (sonneur en chef), comprend trois pupitres :

  • Les cornemuses, dirigées par un penn-biniaouer

Il peut s’agir de biniou bras, ou pib veur (la grande cornemuse commune aux Ecossais), de biniou kozh (la plus ancienne et la plus aiguë) ou encore de la veuze (instrument du marais breton/vendéen).

  • Les bombardes sous la houlette d’un penn-talabarder

Instrument à vent de la famille des hautbois, la bombarde donne un son mordant, riche en harmoniques et cette note spécifiquement bretonne. La petite bombarde en ut est très répandue en Cornouaille où la vigueur des danses exige une grande virtuosité des sonneurs, alors que la bombarde en la est plus commune en pays Vannetais, où le rythme des danses est plus sage. La puissance des bombardes est remarquable. Elles donnent au bagdad la profondeur de son.

  • Les percussions obéissant au penn-tabouliner

Incluant les caisses-claires (originaires des pipe-bands écossais), les ténors (tambours au son doux et moelleux), la basse (grosse caisse), complétées éventuellement d’autres toms, congas ou cymbales, les percussions sont la base du rythme pour tous les airs joués par le bagad.

Dès 1948, le premier bagad civil voit le jour : c’est la kevrenn Paotred an Hent Houarn, le bagad des  cheminots de Carhaix.

La BAS continue à œuvrer : relance de la lutherie traditionnelle, formation des musiciens, organisation de concours … Et surtout, sauvegarde du patrimoine breton en allant collecter dans les campagnes les airs traditionnels prêts à disparaître des mémoires pour les redistribuer aux bagadoù. La transcription est souvent difficile car les anciens jouaient surtout "d'oreille" ;  et les quarts de tons du solfège traditionnel sont aux abonnés absents !




Vecteurs de pérennité, les bagadoù jouissent  d'un véritable engouement populaire. Non seulement ils redonnent vie aux airs traditionnels, mais ils en créent de nouveaux, enrichissant le patrimoine dans la tradition. Et ils éduquent ! Beaucoup de bagadoù créent leur bagadig ou petit bagad qui fait office d’école.

La compétition participe aussi à la vitalité du mouvement. Ainsi, chaque année, plusieurs milliers de musiciens amateurs issus des cinq terroirs bretons (plus les expatriés), présentent plus d’une centaine de formations (pour concourir, un bagad doit être composé d’au moins dix-sept exécutants) prétendant au titre de champion de Bretagne. La fédération BAS Bodadeg ar Sonerion  les classe en cinq catégories et procède aux auditions, notamment dans le cadre des festivals d’été : "Bagadañs" à Carhaix, Fête des Brodeuses à Pont-l'Abbé, Festival de Cornouaille / Gouelioù Meur Kerne, et bien sûr l'incontournable Festival Interceltique de Lorient. C’est surtout lors de toutes ces manifestations (festivals, pardons, processions…) que le  plus grand nombre peut savourer le talent des bagadoù.

Même si souvent les danses bretonnes sont accompagnées par le bagad, le registre de celui-ci est purement musical. Les quelques associations bagad - cercle celtique se trouvent plutôt hors de Bretagne.

Voir défiler un bagad, c’est ressentir en profondeur la force des traditions. Le rythme, la puissance du son, arrachent le spectateur à son inertie naturelle ; les costumes chatoyants, les étendards suscitent et accompagnent l'enthousiasme. Sons, vibrations, couleurs, une osmose se crée et on se sent breton depuis des générations !



Sources photos : www.bagad-kemper.org
http://bagad-de-lann-bihoue.asso-web.com/50+les-instruments-du-bagad.html
www.trovern.eu/Traditions_bretonnes2.php

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